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comme le rendez-vous de toutes les prétentions et que la concurrence des plus sottes personnalités devient une peste publique, celui-là eut l’orgueil de ne montrer que sa modestie. Son portrait n’ornait point les vitrines du boulevard. On n’a jamais vu une réclamation, une lettre, une seule ligne de lui dans les journaux. Il n’était pas même de l’académie de sa province.

Aucune vie cependant ne mériterait plus que la sienne d’être longuement exposée. Elle fut noble et laborieuse. Pauvre, il sut rester libre. Il était robuste comme un forgeron, doux comme un enfant, spirituel sans paradoxe, grand sans pose ; — et ceux qui l’ont connu trouveront que j’en devrais dire davantage.


II

Louis-Hyacinthe Bouilhet naquit à Cany (Seine-Inférieure) le 27 mai 1822. Son père, chef des ambulances dans la campagne de 1812, passa la Bérésina à la nage en portant sur sa tête la caisse du régiment, et mourut jeune par suite de ses blessures ; son grand-père maternel, Pierre Hourcastremé, s’occupa de législa-