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d’entrer dans l’intention de l’auteur, de lui faire voir en quoi il a manqué son but et comment il fallait s’y prendre pour l’atteindre, on le chicane sur mille choses en dehors de son sujet, en réclamant toujours le contraire de ce qu’il a voulu. Mais si la compétence du critique s’étend au delà du procédé, il devrait tout d’abord établir son esthétique et sa morale.

Aucune de ces garanties ne m’est possible à propos du poète dont il s’agit. Quant à raconter sa vie, elle a été trop confondue avec la mienne, et là-dessus je serai bref, les mémoires individuels ne devant appartenir qu’aux grands hommes. D’ailleurs n’a-t-on pas abusé du « renseignement ? » L’histoire absorbera bientôt toute la littérature. L’étude excessive de ce qui faisait l’atmosphère d’un écrivain nous empêche de considérer l’originalité même de son génie. Du temps de Laharpe, on était convaincu que, grâce à de certaines règles, un chef-d’œuvre vient au monde sans rien devoir à quoi que ce soit, tandis que maintenant on s’imagine découvrir sa raison d’être, quand on a bien détaillé toutes les circonstances qui l’environnent.

Un autre scrupule me retient : je ne veux pas démentir une réserve que mon ami a constamment gardée.

À une époque où le moindre bourgeois cherche un piédestal, quand la typographie est