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LA RÉPONSE DE LA GRAND’MÈRE




J’ai bien reçu, mon petit fieu,
La lettre où tu me dis adieu
Avant de partir en campagne,
Et je dicte la lettre-là
Que tu liras, bien loin déjà
De la Bretagne !

Je suis fille d’un matelot :
J’ai mon homme et trois gâs dans l’eau
— La vie est quelquefois bien rude ! —
J’en ai tant dit des : « Au revoir ! »
Que je devrais bien en avoir
Pris l’habitude

Pourtant, j’ai le cœur plein d’émoi :
C’est qu’aussi je n’ai plus que toi,
Plus que toi, tout seul, en ce monde,
Las ! que ferais-je, désormais.
Si je ne voyais plus jamais
Ta tête blonde ?

Mais je console mes chagrins
En me disant que les marins
Ne meurent pas tous à la guerre :
Vas-y gaîment, mon petit gâs,
Et reviens vite dans les bras
De ta grand’mère l