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UNE FAMILLE PENDANT LA GUERRE.

André à madame de Vineuil.
Blois, 23 octobre.

Chère maman,

Il faut que je me hâte de vous écrire pendant que je le puis, car nous allons marcher ! je l’espère du moins, et j’imagine qu’une fois en campagne la correspondance avec les pays envahis nous sera interdite ; il serait trop commode à nos malins ennemis de puiser tout simplement leurs renseignements dans nos lettres. Dès à présent, je ne vous parlerai pas de ce que nous supposons des plans adoptés (si nous avions supposé juste !). Mais à défaut de l’avenir, le passé m’appartient, nous allons retourner six jours eu arrière.

Ça a été une bonne journée, chère maman, que celle de notre départ du Mans. Non que la ville nous déplût, au contraire, mais quand on se trouve soldat, on est un peu pressé de savoir comment on se tirera de la vraie guerre et sans être le moins du monde féroce, on souhaite la bataille uniquement pour satisfaire l’intense curiosité que l’on éprouve de connaître son résultat. Nous sommes donc partis gaiement. Une bonne visite de l’oncle Adolphe