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UNE FAMILLE PENDANT LA GUERRE.

nationale on de charité publique, dès qu’on l’appelle il arrive ; il ne compte plus que comme moyen et il roule à flots. Presque tous nos amis se sont réunis pour fonder et défrayer une grande ambulance au nouveau collége Chaptal ; c’est là que j’irai souvent dès que mon travail m’absorbera moins complètement.

Ces quelques jours ont été bien employés aux remparts, et cependant on aurait pu faire encore mieux. Je désirais qu’on demandât à la population des terrassiers gratuits. Je crois qu’il y aurait eu de l’élan et il faut peu d’études pour mener une brouette, mais on a craint de laisser savoir tout ce qui manquait à la défense, et, faute de bras, plusieurs travaux utiles resteront à l’état de projets. Il en résulte que l’activité de ceux des Parisiens qui n’ont de service ni dans la garde nationale, ni aux ambulances, se dépense à la recherche des suspects de loin genre. On est suspect pour un accent moins pur, suspect pour une bougie allumée plus haut que le troisième étage, suspect pour ne pas croire à la culpabilité de tous les pauvres gens qualifiés espions sur les plus légers indices.

À part cette petite faiblesse, qui tient à un premier moment de trouble trop justifiable après de tels désastres, l’attitude de la population est excellente. Oui, chère femme, et j’aime à te le redire, tes chers Parisiens sont de braves gens, ils savent souffrir

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