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Un Vaincu.

Lee n’avait point songé à la retraite. Caché dans ces profondeurs sauvages, mieux connues de ses soldats que des assaillants, il avait guetté le moment où les difficultés spéciales au pays viendraient en aide au petit nombre de ses troupes, et ce moment s’était rencontré.

La lutte fut opiniâtre et meurtrière. Sur tous les points, les Fédéraux durent s’arrêter, puis reculer, mais il n’y eut parmi eux ni panique, ni débandade, et le lendemain 6, dès l’aube, Lee eut à renouveler son attaque contre une armée qui, repliée sur elle-même, condensée pour ainsi dire, était loin d’avoir épuisé ses forces. Pendant quinze heures encore la lutte fut sans merci ; les bois s’embrasèrent comme à Chancellorsville, calcinant les blessés, étouffant même des soldats valides et, quand vint la nuit du 6, les deux armées étaient toujours en présence, cachant leurs plaies, masquant leurs pertes, prêtes encore pour une nouvelle lutte. Vingt mille Nordistes jonchaient le sol, Lee comptait sept mille tués ou blessés.

Renonçant alors à s’ouvrir un passage de vive force, Grant voulut du moins contraindre Lee à