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permet, malgré beaucoup de réclamations, qu’on lui fasse des funérailles et qu’on lise son testament au peuple. Ce qui le préoccupe avant tout, c’est de ne point paraître travailler pour lui ni pour les siens, et d’éviter tout soupçon d’ambition personnelle ou d’intérêt de parti. Telle fut cette conspiration, à laquelle prirent part des gens de caractère très divers, mais qui est tout empreinte de l’esprit même de Brutus. Son influence n’est pas moins sensible sur les événements qui la suivirent. Il n’agissait point au hasard, quoique Cicéron l’en ait accusé et que tout le monde le répète ; il s’était fait d’avance une règle de conduite pour l’avenir, il avait un plan bien arrêté. Malheureusement il se trouva que ce plan, conçu dans des réflexions solitaires, loin du commerce et de la connaissance des hommes, ne pouvait pas être appliqué. C’était l’œuvre d’un logicien qui raisonne, qui prétend se conduire au milieu d’une révolution comme en des temps réguliers et veut introduire le respect étroit de la légalité jusque dans une œuvre de violence. Il reconnut qu’il s’était trompé, et il lui fallut renoncer successivement à tous ses scrupules ; mais, comme il n’avait pas la souplesse du politique qui sait se plier aux nécessités, il céda trop tard, de mauvaise grâce, et en se retournant toujours avec regret vers ces beaux projets qu’il était forcé d’abandonner. C’est de là que vinrent ses hésitations et ses incohérences. On a dit qu’il avait échoué pour n’avoir pas eu d’avance un plan précis ; je crois au contraire qu’il n’a pas réussi pour avoir voulu être trop fidèle, malgré les leçons que lui donnaient les événements, au plan chimérique qu’il avait conçu. Il suffira d’un récit rapide des faits pour montrer que ce fut là ce qui causa sa perte avec celle de son parti, et rendit inutile le sang versé.

Après la mort de César, les conjurés sortirent du sénat en agitant leurs épées et en appelant le peuple. Le