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Page:Boileau - Satires et oeuvres diverses, Schelte, 1749.djvu/48

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Satire Premiere.


DAmon, ce grand Auteur, dont la Muſe fertile
Amuſa ſi long-tems & la cour & la ville :
Mais qui n’étant vêtu que de ſimple bureau,
Paſſe l’été ſans linge, & l’hyver ſans manteau,
Et de qui le corps ſec & la mine affamée,
N’en ſont pas mieux refaits pour tant de renommée :
Las de perdre en rimant & ſa peine & ſon bien,
D’emprunter en tous lieux, & de ne gagner rien ;
Sans habits, ſans argent, ne sçachant plus que faire,
Vient de s’enfuïr chargé de ſa ſeule misére ;
Et bien loin des Sergens, des Clercs & du Palais,
Va chercher un repos qu’il ne trouva jamais ;
Sans attendre qu’ici la Juſtice ennemie
L’enferme en un cachot le reſte de ſa vie :
Ou que d’un bonnet verd le ſalutaire affront
Flétriſſent les lauriers qui lui couvrent le front.
Mais le jour qu’il partit, plus défait & plus blême,
Que n’eſt un Pénitent ſur la fin du Carême,
La colère dans l’ame, & le feu dans les yeux,
Il diſtila ſa rage en ces triſtes adieux.
[1]Puiſqu’en ce lieu, jadis aux Muſes ſi commode.

  1. Il y a beaucoup de traits ici empruntez de la 3. Satire de Juvénal, oǹ Umbritius quittant Rome, lui