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des bourgeois de la terre sur l’Égide de sa jeune gloire, — ce buste méduséen, vivant fulgurant formidable n’a pas d’autre immortalité à communiquer que celle qu’il a reçue de l’artiste omnipotent qui, comme Dieu l’a fait sortir d’un tas de boue, et de l’homme plus étonnant encore dont il est l’image. Ô puissance mystérieuse de l’Art ! lorsque tant d’âmes ne peuvent plus être pénétrées par toi, — vous le savez artiste et poëtes infortunés ! — lorsqu’il existe tant de cœurs d’un si surnaturel appesantissement que rien, rien de toi ! ne peut plus les faire, une dernière fois, palpiter ; ô sainte Vengeresse de toutes les grandeurs méprisées, — à commencer par la tienne, — voilà donc ton suprême effort ! Ah ! cette œuvre est encore plus belle et plus forte que la Mort, que la Douleur et que le Mépris, ce triple diadème de ceux qui cherchent aujourd’hui la Beauté sur la terre, et si les hommes, un jour, ne veulent plus de toi, ô Faculté divine, tu peux, en attendant, les humilier encore et, — du coup de foudre de la MÉDUSE-ASTRUC, — désoler une fois de plus tes abjects désolateurs !

III

Et comment donc l’odieux, le vil bourgeois, cette âme basse et sordide dont le premier goujat triomphant peut se faire un tapis pour ses pieds, ce lâche et tremblant pourvoyeur de l’envie humaine, — de qui les outrages sont le plus beau laurier du génie et les louanges le plus déshonorant bourbier où puisse tremper l’extrémité de la grande aile bleue des oiseaux du septième ciel ; — comment voudriez-vous qu’en une telle rencontre, ce ventre social ne fût pas humilié, horripilé et désolé profondément ? Il s’agit d’une œuvre de statuaire, d’une beauté inouïe, effrayante, à faire descendre du ciel les quatorze Dominations qui gardaient le vieux Michel-Ange ! Mes yeux l’ont plusieurs fois contemplée et cette vision dure encore. Elle se dresse dans ma mémoire,