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puissance. De là naquirent les menées perpétuelles des orateurs, qui avaient intérêt à flatter ce souverain aux vingt mille têtes qu’on appelait le peuple, et dont l’avidité ne pouvait être assouvie que par des impôts énormes[1] ; de là des tentatives heureuses de corruption[2] et l’avilissement du peuple. Dans l’Empire, le mépris du travail et la concurrence que les ouvriers esclaves font aux ouvriers libres, conduisent rapidement au paupérisme. L’oisiveté engendre les goûts fastueux ; il ne faut pas seulement au peuple du pain et des spectacles, panem et circenses ; on lui distribue, outre de la viande, du pain et de l’huile, des bains, des parfums, de l’encens, de l’ambre et de la pourpre. C’est avec ce système qu’on fit des Romains un peuple de mendiants, qui mit le pouvoir à l’enchère et le livra au plus offrant[3]. On cherchait alors dans le célibat un refuge contre la misère, et le mariage était devenu une corvée patriotique ainsi que l’indique ce passage d’une harangue du préteur Métellus :

« S’il était possible de perpétuer l’espèce humaine sans avoir de femmes, nous nous déli-

  1. Ce passage est extrait de l’histoire de l’économie politique, par M. Blanqui ainé, tome Ier, chap. II.
  2. À la mort de Pertinax (163), les soldats mettent le trône à l’enchère : Flavins Sulpicianus, beau-père de Pertinax, se présente, il a pour concurrent Didius-Julianus, dont les immenses richesses assurent le succès ; celui-ci est reconnus par le sénat qui l’abandonne ensuite, et le fait mettre à mort à l’approche de Septime Sévère proclamé Auguste par l’armée d’Illyrie.
  3. « Suivant Théophraste, Périclès envoyait chaque année dix talents (plus de 49 000 fr. de notre monnaie) à Sparte ; avec lesquels il gagnait et adoucissait ceux qui avaient la principale autorité ; et par ce moyen il éloignait la guerre. » (Plutarque. Vie de Périclès) Blanqui.
    Notes du R.-Ad. B. (des V.)