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ORGANISATION

n’en pourrais-je pas citer ? Que de platitudes couronnées par la vogue ! Que de beaux livres enfouis ! Je n’écrirai pas ici la somme d’argent qu’a rapportée à son auteur une brochure sur l’art de mettre sa cravate, parce qu’il m’est impossible de ne pas songer à la pauvreté de certains grands hommes, et que le rouge me monte au front.

Un livre réussit aujourd’hui ; pourquoi ? à cause de son mérite ? Pas le moins du monde ; à cause de son éditeur. Le génie reçoit de la spéculation ses passe-ports.

Mais il est des éditeurs honnêtes, et qui rendent aux lettres des services réels. — Oui, grâce au ciel ! Et j’en connais, pour mon compte, en qui des écrivains du premier mérite ont trouvé une véritable providence. Mais le nombre de ces hommes recommandables est petit ; et, parmi ceux qui voudraient suivre leur exemple, beaucoup sont entraînés par le flot de la concurrence, et forcés, pour échapper aux désastres de l’industrie, d’éditer la corruption ou le scandale.

Ajoutez à cela que le véritable homme de lettres est en général fort étranger à la science du trafic. Il n’en est pas de même du fabricant de littérature. Il sait à merveille, celui-là, battre monnaie avec des livres ; c’est son métier. Le système de la rétribution par l’échange n’est en réalité qu’une prime offerte à l’esprit de spéculation.