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Page:Blaise Pascal - Les Provinciales.djvu/82

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péché mortel ? Et il donne ensuite un autre subtil moyen pour se confesser d’un péché, même à son confesseur ordinaire, sans qu’il s’aperçoive qu’on l’a commis depuis la dernière confession. C’est, dit-il, de faire une confession générale, et de confondre ce dernier péché avec les autres dont on s’accuse en gros. Il dit encore la même chose, Princ. ex. 2, n. 73. Et vous avouerez, je m’assure, que cette décision du P. Bauny, Théol. mor. tr. 4, q. 15, p. 137, soulage encore bien la honte qu’on a de confesser ses rechutes : Que, hors de certaines occasions qui n’arrivent que rarement, le confesseur n’a pas le droit de demander si le péché dont on s’accuse est un péché d’habitude, et qu’on n’est pas obligé de lui répondre sur cela, parce qu’il n’a pas droit de donner à son pénitent la honte de déclarer ses rechutes fréquentes.

Comment, mon Père ! j’aimerais autant dire qu’un médecin n’a pas droit de demander à son malade s’il y a longtemps qu’il a la fièvre. Les péchés ne sont-ils pas tous différents selon ces différentes circonstances ? Et le dessein d’un véritable pénitent ne doit-il pas être d’exposer tout l’état de sa conscience à son confesseur, avec la même sincérité et la même ouverture de cœur que s’il parlait à Jésus-Christ, dont le prêtre tient la place ? Or, n’est-on pas bien éloigné de cette disposition quand on cache ses rechutes fréquentes, pour cacher la grandeur de son péché ? Je vis le bon Père embarrassé là-dessus : de sorte qu’il pensa à éluder cette difficulté plutôt qu’à la résoudre, en m’apprenant une autre de leurs règles, qui établit seulement un nouveau désordre, sans justifier en aucune sorte cette décision du P. Bauny, qui est, à mon sens, une de leurs plus pernicieuses maximes, et des plus propres à entretenir les vicieux dans leurs mauvaises habitudes. Je demeure d’accord, me dit-il, que l’habitude augmente la malice du pêché ; mais elle n’en change pas la nature : et c’est pourquoi on n’est pas obligé à s’en confesser, selon la règle de nos Pères, qu’Escobar rapporte, Princ. ex. [2], n. 39 : Qu’on n’est obligé de confesser que les circonstances qui changent l’espèce du péché, et non pas celles qui l’aggravent.

C’est selon cette règle que notre Père Granados dit, in 5 part. cont. 7, t. 9, d. 9, n. 22, que si on a mangé de la viande en Carême, il suffit de s’accuser d’avoir rompu le jeûne, sans dire si c’est en mangeant de la viande, ou en faisant deux repas maigres. Et selon notre Père Reginaldus, tr. I, l. 6, c. 4, n. 114 : Un devin qui s’est servi de l’art diabolique n’est pas obligé à déclarer cette circonstance ; mais il suffit de dire qu’il s’est mêlé de deviner, sans exprimer si c’est par la chiromancie, ou par un pacte avec le démon. Et Fagundez, de notre Société, p. 2, l. 4, c. 3, n. 17, dit aussi : Le rapt n’est pas une circonstance qu’on soit tenu de découvrir quand la fille y a consenti. Notre père Escobar rapporte tout cela au même lieu, n. 41, 61, 62, avec plusieurs autres décisions assez curieuses des circonstances qu’on n’est pas obligé de confesser. Vous pouvez les y voir vous-même. Voilà, lui dis-je, des artifices de dévotion bien accommodants.

Tout cela néanmoins, dit-il ne serait rien, si on n’avait de plus adouci la pénitence, qui est une des choses qui éloignait davantage de la confession. Mais maintenant les plus délicats ne la sauraient plus appréhender, après ce que nous avons soutenu dans nos thèses du Collège de Clermont : Que si le Confesseur impose une pénitence convenable, convenientem, et qu’on ne veuille pas néanmoins l’accepter, on peut se retirer en renonçant à l’absolution et à la pénitence imposée. Et Escobar dit encore dans la Pratique de la Pénitence selon notre Société, tr. 7, ex. 4, n. 188 : Que si le pénitent déclare qu’il veut remettre à l’autre monde à faire pénitence, et souffrir en purgatoire toutes les peines qui lui sont dues, alors le confesseur doit lui imposer une pénitence bien légère pour l’intégrité du sacrement, et principalement s’il reconnaît qu’il n’en accepterait pas une plus grande. Je crois, lui dis-je, que si cela était, on ne devrait plus appeler la Confession le sacrement de pénitence. Vous avez tort, dit-il, car au moins on en donne toujours quelqu’une pour la forme. Mais, mon Père, jugez-vous qu’un