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Page:Bjørnson - Chemin de fer et cimetière.djvu/20

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— Votre ardeur montre bien que de nouveau vous pensez à votre grand-père, répliqua Lars, et je dois dire que, selon moi, il est plus que temps que la paroisse soit débarrassée de lui. Il a pris déjà bien trop de place pendant qu’il était en vie ; il n’est pas juste qu’il soit encore sur notre chemin, maintenant qu’il est mort. Si son corps devait priver cette paroisse d’une bénédiction qui s’étendra à travers des centaines de générations, nous pourrions dire en toute vérité que de tous ceux qui sont nés ici, c’est lui qui nous a fait le plus de mal.

Knud Aakre secoua ses cheveux en désordre, ses yeux flamboyaient, toute sa personne semblait tendue comme un ressort d’acier.

— J’ai déjà montré, s’écria-t-il, ce qu’il adviendra de la bénédiction dont vous parlez ; elle ressemble à toutes celles dont vous avez comblé cette paroisse. Il est vrai que vous nous avez pourvus d’une nouvelle église, mais vous l’avez remplie d’un esprit nouveau, et ce n’est pas celui de l’amour. Vous nous avez fourni de nouvelles routes, mais des routes qui conduisent à l’abîme, comme cela est manifeste aujourd’hui par les infortunes de plusieurs. Vous avez diminué nos taxes publiques, c’est vrai, mais vous avez augmenté les taxes privées ; les procès, les dettes hypothécaires, les banqueroutes, ne sont pas des dons profitables pour une communauté. Et vous osez déshonorer dans sa tombe l’homme que toute la paroisse révère ! Vous avez le front de dire qu’il est sur notre chemin ! Ah ! oui, certainement, il est sur votre chemin à vous, car sa tombe sera la cause de votre chute ! L’esprit qui a régné jusqu’aujourd’hui sur nous tous était un esprit de servitude. On laissera certainement le cimetière en paix ; mais, aujourd’hui même, il faudra y ajouter une fosse, celle de votre popularité qui y restera enfouie.

Lars Högstad se leva, blanc comme un linge ; ses lèvres s’ouvrirent, mais il ne put prononcer un mot : le brin de paille tomba. Après quelques efforts pour le retrouver et retrouver en même temps la parole, il éclata comme un volcan.

— Et c’est là les remerciements que je recueille pour toutes mes peines, et mes corvées, et mes tourments ! Si c’est ce prêcheur de femmes qui doit être votre maître, puisse le diable présider lui-même votre assemblée avant que j’y remette les