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Page:Bjørnson - Chemin de fer et cimetière.djvu/18

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Mais ce ne fut point par là que Knud Aakre commença. Il s’appliqua d’abord à exposer avec soin combien, dans tout le bruit qui se faisait depuis quelque temps, les avantages à attendre du chemin de fer avaient été surfaits. Il appuyait de preuves positives chacune de ses assertions, car il avait calculé la distance de tous les gards à la station la plus prochaine. Et finalement il demanda :

— Pourquoi y a-t-il eu tant de tapage à propos de ce chemin de fer, si ce n’est à cause du bénéfice que la paroisse espère en retirer ?

Il lui fut aisé de démontrer qu’il était d’un intérêt pressant, pour ceux qui avaient amené dans le pays un état de choses si fâcheux, de créer maintenant une agitation nouvelle afin de faire oublier le passé. Et puis, ajoutait-il, certaines gens, dans la fièvre du moment, espèrent sans doute vendre à grand prix leurs gards et domaines à des étrangers assez fous pour les acheter. Or, c’est là une spéculation honteuse à laquelle on veut faire contribuer non seulement les vivants, mais encore les morts…

L’effet de cette allocution fut considérable. Mais Lars, quoi qu’il advînt, était bien résolu à garder son sang-froid. Il répliqua que Knud lui-même avait été d’abord très porté pour le chemin de fer et, cependant, qui donc voudrait accuser Knud d’avoir quelque chose à faire avec la spéculation (ici un petit rire) ? Knud n’avait pas élevé la moindre objection contre le transfert des corps de gens du commun peuple, afin de rendre la voie ferrée possible. C’est seulement quand il s’est agi du corps de son grand-père qu’il s’est aperçu tout à coup que le sort et le bonheur de la communauté tout entière étaient menacés.

Il n’ajouta rien, mais regarda Knud en souriant du bout des lèvres, ce que d’autres firent comme lui. Cependant, la réponse de Knud le surprit, comme elle surprit chacun :

— Je dois l’avouer : je n’ai bien compris la chose que lorsque je me suis senti atteint dans mes affections de famille. Il est bien possible que ce soit là une honte… Mais ç’aurait été une honte bien autrement regrettable encore de n’avoir rien éprouvé de pareil, comme c’est le cas de Lars… Et il conclut en disant : Jamais la raillerie n’a été plus hors de place et,