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INTRODUCTION

vers, dès les premiers jours du mois de mars, très probablement avant le 14, car le privilège est encore celui qui avait servi pour l’édition de 1584 des Œuvres de Ronsard et pour l’édition princeps des Derniers vers, et nous savons d’autre part que Galland obtint en faveur de G. Buon un nouveau privilège, daté du 14 mars 1586, pour faire imprimer la première édition posthume des Œuvres de Ronsard[1]. La façon même dont l’opuscule se présente prouve la hâte avec laquelle on le publia. En voici le titre complet :

Discours || de la vie de || Pierre de Ronsard, || Gentil-homme Vandomois, || Prince des Poëtes François, || avec || une Eclogue representée || en ses obseques, par Claude Binet. || Plus || les vers composez par || ledict Ronsard peu avant sa mort : || ensemble || son Tombeau recueilli || de plusieurs excellens personnages. (Marque du libraire éditeur.) A Paris, || Chez Gabriel Buon, au clos Bruneau, à l’image S. Claude. || m. d. lxxxvi. || Avec privilege du Roy.

C’est un in-4° de 128 pages. Au verso du titre se trouve le portrait de Ronsard à l’âge de 27 ans, qui avait paru pour la première fois en tête de l’édition princeps des Amours (1552)[2] ; au-dessous de ce portrait le quatrain qui figurait déjà en tête de l’édition princeps de la Franciade (1572) :

Tel fut Ronsard autheur de cet ouvrage,
Tel fut son œil, sa bouche et son visage.
Portrait au vif de deux crayons divers,
Ici le corps, et l’esprit dans ses vers[3].

Ce quatrain, qui avait sa place tout indiquée en tête des Derniers vers publiés isolément le 24 février, était conservé ici bien mal à propos, son début ne s’appliquant qu’à la deuxième partie de l’opuscule, de beaucoup la plus courte et la moins importante. Le Discours de la vie de Ronsard occupe, en effet, les pp. 3 à 33. Les Derniers vers viennent à la suite, et n’occupent que les pp. 34 à 37 ; encore sont-ils diminués de deux pièces qui ont passé dans la biographie du poète[4]. Le reste de l’opuscule se compose tout entier de poésies écrites

  1. Il n’y a pas d’achevé d’imprimer. Quant au privilège, c’est encore celui du 7 décembre 1583. Si cet opuscule avait paru après le 14 mars 1586, nous pensons qu’il aurait été imprimé en vertu du privilège nouveau obtenu ce jour-là par Galland en faveur de Buon. Celui-ci, dira-t-on, pouvait se servir de l’ancien privilège (valable pour dix ans), même après en avoir obtenu un nouveau. Aussi présentons-nous notre hypothèse comme très vraisemblable, sans rien affirmer. Quoi qu’il en soit, tout porte à croire que l’opuscule contenant la première rédaction de la Vie de Ronsard parut au plus tard à la fin de mars.
  2. Mais la mention « Anno aetatis 27 » en a disparu. Voir ci-après la gravure hors texte.
  3. D’après une note de La Monnaye (Biblioth. frse de La Croix du Maine, éd Rigoley de Juvigny, II, p. 359). ce quatrain est de René Belet, Angevin, qui a écrit dès 1569 un sonnet sur la Franciade paru au Septiesme livre des Poëmes et réimprimé parmi les liminaires de la Franciade en 1572 : Quelle si docte main et quel papier si blanc. Sur ce personnage, voir un article de C. Ballu dans la Rev. de la Renaissance de mars-juin 1909.
  4. Ces deux pièces sont l’épitaphe écrite par Ronsard pour son propre tombeau : « Ronsard repose ici... », et l’épigramme à son âme : « Amelette Ronsardelette... » Les Derniers vers perdaient encore le prologue de Binet, qui