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ET CRITIQUE

consacre une strophe à lui et à Du Bellay. Le troisième recueil des Erreurs amoureuses, paru en 1554, contient deux sonnets où Tyard porte aux nues Ronsard, Du Bellay et Baïf (éd. Marty-Lav., pp. 105 et 112).

J’en conclus que Ronsard et Tyard ne se sont pas connus au collège de Coqueret ; que c’est Tyard qui a fait les premières avances en 1551 (ou même en 1550, car la dédicace de son second recueil est de 1550) ; que Ronsard répondit à son éloge dans le sonnet des Amours de 1552 ; qu’à partir de 1553 Tyard fut admis dans la Brigade. En 1554, E. Pasquier adjoint Tyard à Ronsard et à Du Bellay, comme étant des trois poètes de son temps et de son pays qui ont le mieux écrit sur le sujet de l’amour (Monophile. liv. II ; Lettres, I, iii).

Le Mâconnais Pontus de Tyard fut, avec son cousin le Charollais Guillaume des Autels, le vrai trait d’union entre l’école lyonnaise de Maurice Scève et l’école parisienne de Ronsard.

P. 43, l. 10. — peintre de nature. Sur R. Belleau, v. ci-dessus, p. 106. — Je n’ai vu nulle part dans les Œuvres de Ronsard que Belleau était appelé par lui le « peintre de nature » ; mais voici ce qu’on lit dans la dédicace des Amours d’Ant. de Baïf, qui date de 1572 :

Belleau gentil, qui d’esquise peinture
Soigneusement imites la nature,
Tu consacras de tes vers la plus part
De Cytherée au petit fils mignard.
(Œuvres de Baïf, éd. Marty-Lav., I, 9.)

P. 43, l. 11. — nourry avec soy. C’est-à-dire qu’il l’avait élevé auprès de lui, dans sa propre maison. Le texte de C porte : « Amadis Jamyn, qu’il a voit nourry page, et fait instruire ». À quelle date exacte, et par suite de quelles circonstances Jamin entra-t-il au service de Ronsard ? On ne saurait le dire actuellement. Trois odes du 2e Bocage (nov. 1554) et une autre des Meslanges (ibid.) sont adressées par Ronsard à un serviteur nommé Corydon. Ce Corydon a réellement existé ; si son nom est imaginaire, sa personnalité ne l’est point et ne peut être mise en doute. V. à ce sujet la pièce A Corydon serviteur de Ronsard dans les Gayetez d’O. de Magny (1554), et le premier des Dialogues de Guy de Brués (1556). Était-ce Amadis Jamin ? Peut-être. Il avait à cette date environ quinze ans. En tout cas, en 1563 l’auteur du Temple de Ronsard distingue Corydon d’Amadis parmi les domestiques de Ronsard ; d’après ce pamphlet, comme du reste d’après les odes du 2e Bocage, il semble que Corydon ait été un « valet cuisinier » plutôt qu’un « page ». Ronsard lui-même distingue nettement son page et son cuisinier, mais sans leur donner de nom, dans l’odelette J’oste Grevin de mes escrits, qui est du début de 1567 (Bl., II, 436).

Je ne connais que deux documents au xvie siècle qui signalent Jamin comme « page » de Ronsard : 1° Ce passage du Temple de Ronsard, qui est de septembre 1563 et a pour auteur le poète protestant Grevin :

Tu mettras en avant l’asseuré tesmoignage
Du laquais ton mignon, et d’Amadis ton page...
(Bl., VII, 93) ;