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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/96

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

serait la femme capable de rendre son entant heureux. À leur première entrevue, ce fluide sympathique, qui attire deux personnes devant plus tard être amies, les rapprocha l’une de l’autre.

Les mois s’écoulèrent rapides pour Lucienne, entourée de l’affection de madame Dugal et du dévouement de Pierre. Un seul nuage obscurcissait son ciel, c’était la pensée de son retour au milieu des siens : elle sentait que bientôt on la rappellerait chez son oncle. Elle n’était pas en âge, il faudrait obéir. Quitter Saint-Eustache, où elle n’avait rencontré que de sincères amis, remplissait son âme de tristesse.

Elle avait goûté chez le Dr Chénier toute la douceur des satisfactions intimes, aux repas, elle avait joui de ces conversations fraternelles que les familles unies échangent, avec cette franche gaîté, cette expansion des natures droites, ignorant les petits détours mesquins, n’ayant aucune doublure hypocrite, housse recouvrant la laideur de l’étoffe cachée : là tout se lisait en un livre grand ouvert. Tout lui plaisait dans cet intérieur, il n’y avait pas jusqu’à la présence d’Edmond avec ses excentricités, son bon vouloir, qu’elle regretterait lorsqu’elle quitterait cette demeure.

Elle retrouvait chez le Dr Chénier son enthousiasme pour les nobles causes ; ils comprenaient tous deux la sublime vertu du sacrifice.