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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/95

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

nètre que difficilement, il se penche vers le mourant : — Mais, dit-il, s’adressant à la femme du malade, qu’avez-vous donc fait à votre mari, la mère, est-ce que vous ne lui avez pas lavé le visage depuis des semaines ?

— Ah ! monsieur le curé, ne m’en parlez pas, j’avais peur que vous vinssiez pas venir à temps, que le cher homme rende l’âme avant que vous arriviez, je lui ai donné le Saint-Chrême avec de l’eau bénite et de la crème fraîche. Je lui ai dit en lui mettant ça sur les yeux : C’est pour ta voyance, mon pauvre homme, sur les oreilles, c’est pour ton entendation, mon brave homme : sur la bouche, c’est pour ta gueulation, mon bovard d’homme. Ah-ah-ah, n’est-ce pas qu’on a des gens bien ignorants par ici, mademoiselle ?

Lucienne riant franchement :

— C’est ignare qu’il faut dire Edmond.

— Ignare, c’est un grand mot, je le dirai à l’avenir, ignare, ignare, oui je m’en souviendrai.


XI


Pierre revint avec sa mère habiter Saint-Eustache. Quelques jours s’étaient à peine écoulés et madame Dugal ressentait un attachement profond pour Lucienne, dont elle s’était appliquée à étudier attentivement le caractère. Inquiète comme toutes les mères, lorsqu’elles apprennent que leurs fils sont épris de beaux yeux, bleus ou noirs, elle avait voulu s’assurer par elle-même si vraiment mademoiselle Aubry