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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/93

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

— Vous vous occupez donc d’histoire Edmond ?

— D’histoire, certes oui, je fais une fusion d’histoire, de peinture, de musique.

— Comment une fusion ?

— Eh bien ! après avoir entendu un récit de bataille, je barbouille une toile où les soldats français culbutent les Allemands : quand je suis fatigué je laisse la peinture pour jouer la Marseillaise, sur mon flageolet. Il me semble alors que j’suis en France, que je crie : Aux armes, en suivant un héros pour défendre les frontières.

— Vous avez des goûts guerriers ?

— Oui, mademoiselle. Je me figure que le Dr Chénier est devenu un grand colonel, je suis son caporal, nous gagnons des victoires, nous aplatissons les Anglais, nous prenons à l’ennemi des drapeaux dont je tapisse les murs de ma chambre, car vous savez le docteur est un brave des braves ; ç’a l’étoffe d’un général dans la poitrine, c’est moi qui vous le dis ; si jamais on avait besoin de se battre il faudrait marcher sur son corps pour le faire reculer. C’est lui qui crierait : « La garde meurt, mais ne se rend pas. »

Edmond se croisa les bras avec satisfaction, s’admirant intérieurement d’avoir placer si bien à point sa phrase toute apprise.