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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/92

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

quitté ma chambre parce que ce matin, je n’ai pas faim.

— Pas faim, pas faim, mademoiselle, il faut toujours manger si l’on veut pas se laisser mourir. Tenez, buvez un peu de ce café pendant que je vais vous conter une petite histoire. C’était une jeune fille qui elle aussi ne voulait pas manger, comme vous. Le docteur arrive, la regarde, l’ausculte.

— Qu’est-ce que vous avez, dit-il, voulez-vous manger ?

— Non.

— Voulez-vous une petite beurrée ? — Non. — Voulez-vous des confitures ? — Non, non, non. — Voulez-vous vous marier ? — Ah ! ah ! ah ! ah ! faites-moi donc pas rire, docteur, tandis que je suis malade.

Lucienne riant aussi :

— Alors vous croyez que je veux me marier ?

— Dame, je ne dis pas, mademoiselle ; mais quand on s’aime, on ne se sépare plus, alors on n’est pas plus pâle un matin que l’autre, quand on a toujours sa moitié à côté de soi.

— Les gens mariés sont aussi quelquefois forcés de se séparer.

— C’est juste. Le grand Napoléon se séparait souvent de Joséphine par nécessité, il a eu tort à la fin de se séparer pour tout de bon. Ça lui a porté malheur, voyez-vous, il était trop grand pour faire une petitesse pareille.