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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/88

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

les cérémonies, elle deviendra capable de faire une bonne femme de chambre à Madame Chénier. » Mais bernique, savez-vous ce qui m’arrive, j’en ai encore la chair de poule de voir comme ça n’a pas de franchise, moi qui croyais tout ce qu’elle me débitait depuis un mois. Je m’étais habitué bien vite à m’entendre appeler, mon chéri, mon poireau adoré, mon chouchou. Ça chavire le cœur parfois ces douceurs-là, ça vous prend comme des moineaux dans un filet. Eh bien ! hier, je voulais lui faire une surprise, je lui avais dit que je n’irais pas, j’y suis allé. Savez-vous ce que j’aperçois ? Ma future femme assise sur les genoux d’un autre garçon. Ah ! alors si vous m’aviez vu entrer en maître, comme Napoléon à Vienne. Je prends le garçon, je le mets à la porte, avec mon pied vous savez où, et saisissant l’ingrate je lui dis en joignant l’action à la parole : Rends-moi ma robe, rends-moi mon ceinturon, rends-moi mes bottines. Avant qu’elle ait eu le temps de se reconnaître, j’avais tout roulé mon butin et pris la porte.

— Tu as fait cela, dit le docteur en riant de grand cœur, il me semble que tu n’as pas agi selon les règles des politesses et des cérémonies en déshabillant ainsi une jeune fille devant la société.

— N’importe, n’importe, la morguienne, je l’ai bien punie, elle ne recommencera plus.