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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/78

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

sollicitait quelqu’un des membres de la famille de lui faire une lecture sur le grand Napoléon. Après avoir écouté de toutes ses oreilles, il allait ébahir ses compagnons par ses connaissances, se faisant passer pour un homme bien éduqué, prenant avec ces gens des airs de grand seigneur ; par exemple si on le voyait passer sur la route conduisant la voiture du docteur, il arrêtait à l’auberge du village, expressément pour se donner le plaisir d’appeler un garçonnet et lui dire en lui jetant les guides :

— Bambin, tenez bien mon cheval tandis que je vais me désaltérer.

Il avait des phrases apprises dans les livres qu’on lui lisait, et ne perdait aucune occasion de les prononcer devant un auditoire, il y avait bien quelquefois des mots qu’il ne comprenait pas et mettait un peu hors de propos ; mais c’est égal, cela lui donnait de l’importance aux yeux des villageois, qui le considéraient comme un lettré.

Le jeune homme s’étudiait du matin au soir à copier son maître, pour lequel il avait une affection de chien fidèle. Le docteur l’ayant pris chez lui avant son mariage, l’avait initié aux ouvrages de l’intérieur, lui laissant faire le ménage, les achats de la maison, même un peu de cuisine, art dans lequel il réussissait aussi bien que la bonne, qu’il remplaçait au besoin. Ces soins de chaque jour le mettait en contact con-