Ouvrir le menu principal

Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/77

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
69
LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

— Tu mettras ce que tu voudras ; niais va-t-en.

— Vous m’envoyez, je pars, je pars.

Edmond était le modèle des domestiques. Le docteur Chénier l’avait pris à son service à l’âge de seize ans, après l’avoir longtemps soigné à l’hôpital, où la grande misère, qu’il avait endurée depuis sa plus tendre enfance, l’avait cloué sur un lit de douleur pendant plusieurs mois. Le docteur l’avait sauvé, avec la certitude que cette constitution délabrée finirait cependant par la phtisie, s’il lui fallait recommencer une existence d’un labeur dur et pénible ; il le prit donc chez lui, persuadé que le séjour de la campagne, avec un travail peu forçant, finirait par lui rendre la santé. En effet, au bout d’un an, avec du confort, une bonne nourriture, il était entièrement rétabli. L’air souffreteux, miséreux qu’il avait eu toute sa vie avait disparu, à son humeur sombre, taciturne, avait succédé une gaîté franche, goguenarde, qui était le fond de son caractère.

Il y avait chez Edmond un mélange singulier de naïveté, de sagesse, de bouffonnerie, joint à une soif de connaître les belles choses et à certains goûts artistiques, qui auraient pu se développer s’il eut eu quelque culture ; ainsi ayant vu peindre la femme du docteur, il barbouillait derrière elle des toiles pas trop mal réussies ; dans ses loisirs il jouait du flageolet ou bien