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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/70

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

immense, la mort qu’il cherchait refusa de le prendre.

Rappelé soudain par le mauvais état de santé de sa mère, il consentit à revenir au Canada. Madame Bussière en retrouvant son fils fut si heureuse que pour elle il demeura au pays. Sur ses instances réitérées il se remit à la pratique de sa profession, mais ne voulut plus soigner les femmes, ne traitant que les enfants et les hommes. Il acquit en peu de temps une large clientèle, étant droit, médecin consciencieux, ne rendant jamais malade pour guérir ; mais soulageant au plus vite le patient qui souffrait, n’empoisonnant jamais pour donner l’antidote et crier haut après, que sans lui on mourrait, n’abusant jamais des naïfs et des niais pour grossir la recette ; hâbleur de profession, comme on en voit plusieurs de nos jours, certes le docteur Bussière ne le fut jamais. Il concentra toutes ses affections sur les petits qu’il soignait, les entourant de cette tendresse qu’il aurait prodiguée à ses enfants, s’il en avait eu : c’était ainsi qu’il s’était attaché à Lucienne plus qu’à tout autre, parce qu’il la voyait malheureuse au milieu des siens, parce que la nature, sensitive, franche, loyale de la jeune fille le réconciliait un peu avec le beau sexe, pour lequel depuis qu’il avait été blessé, il ressentait un sentiment de profond éloignement.