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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/69

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

se portaient avec admiration sur l’entourage de cette poétique résidence, où une infinité d’oiseaux, aux plumages variés, lançaient dans l’air des concerts d’harmonies, faisant éprouver à l’âme sensible une douce émotion de paix, de bonheur intime, capable de rendre le calme et la confiance aux malades les plus avancés.

Le médecin, en regardant sa protégée, pensait à ses années de jeunesse, où trompé par une femme qu’il adorait il avait vu ses illusions détruites d’un seul coup. Désabusé, désenchanté il s’était voué au célibat, abandonnant sa profession pour voyager afin d’oublier ; fuyant, à l’égal de vipères, les femmes qu’il aurait voulu pouvoir toutes changer en momies de musée, comme celles qu’il voyait dans les pays antiques, dont l’étude était devenue le seul but de sa vie. Il parcourut tout l’Orient, trouvant ces peuples moins barbares que le monstre féminin qui l’avait déchiré. Les solitudes du désert calmaient sa peine ; le sable rouge et tourbillonnant de ces vastes contrées, en l’ensevelissant presque de sa poussière épaisse, semblait à sa douleur le buvard effaçant la tâche d’encre souillant la page blanche ; il aurait désiré que le simoun d’Afrique le couchât à jamais pour le faire dormir d’un sommeil éternel dans ses caveaux mouvants. Le temps seul devait soulager ce désespoir