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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/62

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

lure en broussaille, rapportant chez lui la petite chaudière traditionnelle, renfermant encore un reste séché de dîner. Enfin il respire, ses poumons se dilatent gonflés d’air pur, devant l’incomparable nature du Maître incomparable il sent l’âme de son âme renaître, il vit ; tous les murmures montant de la terre au ciel le ravissent, le pi ouit répété de l’oiseau qui s’est tu tout le jour, est un couplet joyeux que termine soudain le son lointain du chalumeau d’un berger ramenant son troupeau.

La cloche du village a tinté, les mains en croix sur sa poitrine demi-nue, le travailleur courbe son front vers les blés jaunissants ; comme l’encens qu’agite le thuriféraire, sa prière s’élève vers les célestes voûtes.

Angélus Domine nuntiavit Mariae, et concepit de Spiritu sancto. Ave Maria.

Le recueillement est profond. Dans l’espace la lune a monté en un globe tout rouge, tandis que les nuages, au fond, en rouleau de fumée blanche se numérotent de rubandelles irradiées.

À cette heure charmante du jour qui s’enfuyait, deux chevaux traînaient lentement, sur la route conduisant à Saint-Eustache, un tilbury contenant un homme âgé et une frêle créature, aussi pâle, aussi blanche que la robe qu’elle portait, de temps en temps son regard triste embrassait avec une lueur d’admiration la vaste étendue se déroulant devant elle, où