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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/53

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Survivrait-elle au choc quelle avait reçu, cette frêle créature vers qui son âme s’envolait ? recevait-elle dans cette maison, les soins, la tendresse que réclamait sa nature délicate ? Hélas ! il le savait elle était isolée au milieu des siens. Pauvre enfant comme il sentait cet isolement qu’elle supportait, comme il aurait voulu en ces heures de regret, pouvoir l’entourer de toutes les affections qu’elle avait si jeune perdues : de loin il lui criait :

— Pauvre amie, tu souffres et je ne suis pas là, je ne puis te voir, je ne puis t’entendre. Qui me laissera parvenir jusqu’à toi ?

Ses pas l’entraînaient invariablement vers la demeure où reposait, malade, l’enfant que, depuis six ans il avait dirigée, soutenue, encouragée ; mais là de sombres persiennes, toujours fermées, ne lui laissaient rien voir à l’intérieur de cette maison, dont le seuil lui était interdit.

Découragé, après de longs instants d’attente, il revenait chez lui plus inquiet, plus triste qu’avant : l’absence, l’anxiété lui faisaient comprendre jusqu’à quel point Lucienne lui était devenue chère, combien immense serait sa douleur s’il ne devait plus la revoir.

Un soir plus abattu que d’habitude, après avoir en vain épié le passage de quelques domestiques de monsieur Aubry, afin d’obtenir quelques renseignements sur l’état de Lucienne, le jeune homme voulant apaiser la fièvre