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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/45

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nade sur l’eau. La nature était calme, au loin le sommet estompé de la montagne se mêlait aux nuages violacés du ciel, dont la profondeur semblait un brasier enflammé, où s’enfonçait l’astre du jour irradiant de ses derniers rayons la voute céleste. La terre s’endormait, bientôt la nuit l’allait couvrir de son manteau, de distance en distance montait dans l’espace la fumée enroulée des usines dont les feux se mouraient, l’heure du travail était finie, l’ouvrier depuis longtemps avait quitté l’atelier et sur le bord du Saint-Laurent se répercutaient les chants populaires des travaillants : leurs voix montaient, telle que la vague, s’élevant, s’abaissant, se modulant, diminuant pour finir enfin comme le dernier roulis de l’eau venant mourir sur la grève. Comme il faisait très chaud la population canadienne cherchait à respirer quelques bouffées d’air frais près de l’onde transparente, qu’aucune brise ne venait rider. Tout invitait à jouir d’une promenade sur la rivière, on ne pouvait choisir un soir plus propice.

Les trois jeunes gens jouissaient de cette sérénité de profondeur sur laquelle leur léger esquif glissait rapidement. Louise ramait. Lucienne avait laissé pendre sa main dans l’eau, Pierre contemplait le sillon que ses doigts délicats y traçait ; parfois de longues herbes aquatiques venant à la surface, enlaçaient le poignet de la jeune fille, avec un mouvement nerveux