Ouvrir le menu principal

Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/41

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Dès sa première entrevue avec cette enfant, le jeune homme avait compris combien on avait fait fausse route en cherchant à lui donner de l’émulation par des reproches et des comparaisons humiliantes ; lui qui avait une mère pleine d’attentions délicates à son endroit, une mère dont la tendresse avait su éloigner de sa route toutes les petites difficultés auxquelles les enfants sont en butte. Par ses doux encouragements, par ses sages conseils elle avait fait de son fils un homme vertueux, de cœur et d’énergie.

Pierre sentit vite que Lucienne était malheureuse, lui, ce brave et fort garçon, qui n’aurait pu se passer des soins dévoués et tendres de sa mère, éprouva un sentiment de profonde pitié pour ce petit être faible et délicat ne recevant de sa famille que des rebuffades. Il s’appliqua à lui éviter autant que possible les difficultés, lui expliquant avec une patience remarquable, chez un jeune homme de cet âge, tout ce qui eut pû l’embarrasser.

Chaque jour il s’intéressait de plus en plus à son élève. Il avait su gagner sa confiance. Avec des élans spontanés d’abandon, elle lui disait toutes ses pensées, l’initiant aux moindres incidents de sa vie, elle se révélait à lui vive et spirituelle. La transparence de sa peau lui laissait voir toutes ses impressions, qui se traduisaient sur l’épiderme en teintes roses ou