Ouvrir le menu principal

Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/34

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


jours la parole juste pour adoucir les tristesses du cœur ; évitant avec ses compagnes ces mots méchants que les enfants insouciants se disent souvent entre eux et qui parfois blessent si profondément.

Vers l’âge de quatorze ans Lucienne n’était pas jolie, car un air permanent de tristesse maladive voilait l’expression de ses traits, comme un sombre jour de pluie change l’aspect d’une belle nature ; il fallait pour rendre tout le charme à cette physionomie mobile quelques chauds rayons de soleil venant détruire les vilains microbes de l’indifférence qui l’entourait.

Ce soleil se montra un jour sous la forme, d’un jeune professeur d’anglais que l’oncle avait engagé pour ses enfants et pour elle.

Le jour où Pierre entra dans la maison de Monsieur Aubry les trois enfants étaient réunis dans la salle d’étude, vaste pièce à deux larges fenêtres dont les murs étaient tapissés de cartes géographiques, de tableaux d’arithmétique, de plantes botaniques des pays tropicaux, de représentations d’animaux sauvages de toutes les contrées d’Afrique, d’Asie et du Nouveau-Monde ; puis en face de cette ménagerie étaient encadrés les visages de plusieurs guerriers Grecs, des fameux généraux de l’antiquité, des poëtes latins à côté des héros romains et des écrivains français de renom. Tout