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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/22

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

depuis longtemps il est désenchanté des beautés plastiques, elles ne lui disent plus rien.

Ce malheureux dont je parle fixait avec ténacité ses regards sur Mademoiselle Girardin assise tout près de lui. Cette jeune fille, à la figure espiègle et mutine, comptait à peine dix-sept printemps : Elle causait à un monsieur d’une quarantaine d’années dont elle captivait toute l’attention. Il la questionnait souvent, ses regards approbatifs disaient combien il la trouvait intelligente. Monsieur du Vallon, auteur, arrivé récemment de France, avait quitté son pays pour venir faire des études dans le Nouveau-Monde ; il scalpait sur le vif, étudiait les jeunes, pensant comme La Fontaine qu’on a souvent besoin d’un plus petit que soi, tout savant qu’on est, on peut parfois apprendre d’un enfant. Ses ouvrages étaient fort goûtés en Europe où il avait acquis une certaine renommée.

Aimable en conversation, comme il l’était dans ses œuvres, tous recherchaient sa compagnie, même les petites filles de dix-sept ans se sentaient toutes fières lorsqu’il causait quelques moments avec elles.

Un auteur, en ces jours, au Canada c’était presque une merveille, les lettrés étaient si rares, on avait le droit d’avoir un peu d’orgueil lorsqu’on était remarqué d’un écrivain de renom.