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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/167

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

Alors Dieu se voila la face pour ne pas voir le traître enfoncer le poignard dans le cœur de son frère, la mort faucha les rangs, le sang coula à flots, un hurlement lugubre du chien qui perd son maître, retentit dans l’espace, les oiseaux s’envolèrent et un épais nuage obscurcit le soleil afin que nul rayon ne put éclairer l’horrible scène.

Un bataillon succède à un bataillon, le canon se joint à la fusillade, le bourg est envahi, on attaque l’église. Pierre se penche vers le docteur Chénier.

— Qu’allons-nous faire, dit-il, très peu de nous avons des fusils.

— Sois tranquille, mon ami, lui répondit tristement le docteur, il y en aura de tués, ceux qui survivront prendront leurs armes.

Et du haut du clocher, de chaque embrasure il ordonne de tirer, un nouvel assaut leur répond. Les braves assiégés sont sublimes d’efforts. Chénier est partout, couvert de sang, de poussière, la chevelure en désordre, il commande, il veut à force de courage, de vaillance, repousser les assiégeants.

— Rendez-vous, crie un officier anglais.

— Viens me prendre, si tu le peux, lui répond Chénier, et ajustant son fusil, il l’étend raide mort sur le sol.

Une détonation formidable à l’instant retentit, la grande porte de chêne de l’église vole