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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/162

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

tailles les plus sanglantes a souvent décidé de la destinée de tout un peuple, on les a vu surgir de terre ces nations oppressées par leurs vainqueurs, se relever fières, encouragées par un succès momentané, elles ont continué à gagner du terrain, elles sont devenues puissantes et ont dicté à leurs oppresseurs des traités glorieux dans lesquels étaient ratifiées toutes leurs demandes. Ah ! si l’on succombe, que diront ceux qui nous ont abandonnés au moment du combat ? Qu’ils nous avaient prédit la défaite ! S’en suivait-il pour cela que nous ne pouvions être victorieux ? Non, non, un soldat ne doit jamais reculer, il doit mourir à son poste et si je meurs…

— Ah ! docteur, docteur, vous me chavirez l’âme en me parlant ainsi, non, vous ne mourrez pas, le bon Dieu ne le permettra jamais, que serait le village de Saint-Eustache sans vous, si charitable, si bon, que deviendraient les malades, les pauvres, si vous n’étiez pas là pour les secourir ?

— Un autre prendra ma place.

— Jamais, jamais. Il n’y en aura pas d’autre comme vous.

Et le domestique saisissant la main du docteur la baisa avec transport en sanglotant comme un enfant.

— Vous, mon sauveur, le meilleur des pères, non, non vous ne mourrez pas.