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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/16

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

c’est moi qui encourage mon homme à ne pas être une poule mouillée, et à montrer aux Anglais ce qu’on est capable de faire ; y-est allé lui aussi mon mari, à l’assemblée, j’voudrais ben entendre ce que le grand Papineau va leur raconter ; mais j’ai trop de mioches à la maison, il a fallu rester. En v’la un qui sait dire des belles choses, qui n’a pas peur de leur conter ça aux tyrans, il leur envoie franchement leurs vérités lui ; à Saint-Laurent quand je l’ai entendu parler, il leur a pas marchandé sa façon de penser, ça faisait frissonner de l’entendre.

— N’empêche que je n’aime pas tout ce train là, moi, on sait jamais ce qu’on recevra sur la tête, grommela la vieille femme en s’éloignant.

Pierre Dugal continuait sa course rapide ; arrivé à la rue Notre-Dame il ralentit le pas leva la tête et fixa ses regards sur la première fenêtre d’une des maisons avoisinant la place Jacques-Cartier. La croisée venait de s’entrouvrir, une délicate figure de jeune fille, pâle avec de grands yeux noirs, s’y encadra, elle tenait une fraîche rose, se penchant au dehors elle la laissa tomber aux pieds du jeune homme ; il la ramassa précipitamment, la porta à ses lèvres et adressant un long regard de tendresse à la jeune fille :

— À ce soir, dit-il.

Elle le remercia d’un sourire puis se retira