Ouvrir le menu principal

Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/151

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
143
LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

de se sentir entouré d’anciens amis, qu’en voyage l’on est si heureux de revoir. Il y serait bien pour écrire, en remplaçant toutefois la clarté rougeâtre des bougies, qu’assombrissait encore les abat-jour, par les rayons bienfaisants du soleil ; en écartant les lourdes tentures des fenêtres pour y faire pénétrer l’air vivifiant du dehors, pouvant ainsi admirer alternativement les beautés de l’art et celles de la nature.

De la croisée les regards se portaient sur le beau fleuve Saint-Laurent dont la surface, ce matin-là, semblait une immense nappe recouverte de tremblantes pierreries : sur la grève l’on voyait quelques sauvages occupés à confectionner, avec des perles de couleurs bizarres, de petites boîtes, des pelotes, des sacs destinés à être vendus aux blancs ; ils les déposaient dans de larges paniers, déjà à demi remplis de mignonnes raquettes, de minuscules traînes sauvages, de mocassins de toutes grandeurs, faits de peau de chamois ; puis par groupe les Indiens remontaient la côte Bonsecours pour aller au marché faire leur commerce. On entendait aussi monter du sol au ciel les chants populaires des paysannes françaises, assises sur le bord des quais, au milieu de leur installation de fleurs, de fruits, de légumes, elles disaient les chansons du pays ; — À la Claire Fontaine ; Vive la Canadienne ;