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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/150

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

d’idéal semblent tournoyer dans l’air. Des amours de Boucher au plafond, dans un coin une Niobé en pleurs, vis-à-vis d’un Rembrand, dont les sombres couleurs contrastent sur la blancheur mate d’un groupe en marbre blanc, représentant des sylphides, dévoilant en des danses légères toutes les grâces de leurs formes. Des causeuses vous invitant à vous reposer dans un voluptueux confort, des fleurs aux multiples parfums éparses sur des tables d’onix et de porphyre, un luxe de tentures, de draperies capable d’affaiblir les natures les plus viriles, telles que ces bouffées d’opium ennivrant le fumeur, et le laissant pour quelque temps incapable de sentir, de penser, sinon qu’il jouit d’une félicité stupide, d’où toutes les préoccupations sont bannies.

Cette chambre de pacha avait appartenu à un grand viveur, qui un beau jour avait pris la poudre d’escampette, sans avoir répondu à aucun des engagements extravagants qu’il avait contractés. On avait mis la pièce à louer avant la vente des meubles, devant avoir lieu deux mois plus tard. M. Du Vallon arrivant d’Europe s’y était installé pour ce laps de temps, surpris et charmé de retrouver dans le Nouveau-Monde le luxe de l’ancien, les tableaux, les statues, les marbres lui rappelant sa belle patrie. Dans cette chambre il fit avec plaisir son chez lui, éprouvant l’agréable sensation