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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/141

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

veillèrent en sursaut, envahissant ensemble le domaine de leur fils qu’ils trouvèrent gisant ivre-mort sur le plancher.

Gaston n’était pas un ivrogne ; mais depuis son retour des Bermudes il sacrifiait à Bacchus, voulant, comme toutes les âmes sans courage, noyer ses chagrins dans le vin. Ce gros garçon platonique, avait fini par ressentir une véritable passion pour sa cousine, sentiment avivé de jour en jour par la froideur de cette dernière. Pétri de prétention comme tous les êtres nuls, Gaston s’était persuadé que Lucienne ne pourrait longtemps résister à ses attentions, l’indifférence qu’elle lui témoignait n’était qu’une coquetterie féminine pour mieux s’assurer de son pouvoir sur lui, mais lorsqu’il le lui demanderait, elle deviendrait sa femme, il n’en doutait pas.

À son retour, ô déception, elle avait quitté la maison en son absence sans même dire où elle allait, il était confondu et meurtri dans son cœur, dans son orgueil, il se vengerait : à cette fin cette nature poltronne et lymphatique cherchait au fond de son verre le courage qui lui manquait.


XVIII


En 1837, l’insurrection dans le nord du Bas-Canada s’était manifestée d’une manière plus énergique à Saint-Benoit et à Saint-Eustache, car les habitants de ces deux villages avaient