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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/133

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

fois de l’isolement, volontaire dans lequel il vivait.

Il habitait une spacieuse demeure, lui appartenant, meublée avec goût, contenant tout ce qui constitue l’utile et l’agréable ; mais il faut dans tout intérieur, quelque superbe qu’il soit, voir se jouer, à travers les rideaux, de chauds rayons venant ensoleiller les pièces où l’on habite ; et ces chauds rayons, cette tendresse, cet amour vrai dont son âme avait soif, en éprouverait-il jamais la bienfaisante chaleur ? Il s’était dit bien souvent : Non, et avait laissé passer les années jusqu’à la trentaine, sans avoir trouvé le joyau qu’il cherchait.

Un jour néanmoins il avait remarqué une charmante enfant, ressemblant à l’idéal qu’il s’était fait d’une épouse ; un puéril incident l’en avait éloigné, à regret cependant, il y pensait encore et s’en voulait presque de cette nervosité craintive qui lui avait fait fuir cette jeune fille, peut-être jugée trop à la hâte. La veille il l’avait vue passer accompagnée d’un grand jeune homme, il en avait été blessé et chagrin, pourquoi ? elle ne lui était rien, et au fond de son cœur, malgré lui, se glissait le ver rongeur de la jalousie. Obsédé par une pensée fatigante il s’était levé de mauvaise humeur.

— Jérôme, demanda-t-il à son domestique, quelle heure avez-vous ?

— Huit heures et demie, docteur.