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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/122

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

dans le chemin ondulé, où se faisait entendre de distance en distance le chant nasillard de cet insecte insensible aux brûlantes ardeurs du soleil ; elle l’entendait encore, la cigale dont les notes grêles avaient accompagné, dans un jour d’ivresse, les tendres aveux de Pierre ; ses douces paroles se répétaient aussi pénétrantes, aussi suaves, aussi distinctes qu’à cette heure d’antan. Émue de ces souvenirs Lucienne hâtait le pas afin d’atteindre plus tôt la demeure de M. Girardin d’où l’on partait ce matin même pour Saint-Eustache. On eut dit qu’elle effleurait à peine le sol tant sa marche était légère, l’impatience d’arriver lui donnait des ailes. Il semble toujours que l’on ne sera jamais assez vite au but, lorsqu’il s’agit de retourner aux lieux témoins de nos plus intimes bonheurs.

Elle avait quitté sans bruit la maison de son oncle, à l’heure où tout dormait encore, afin de n’éveiller aucun soupçon, laissant derrière elle pour toujours les pénibles impressions dont sa vie avait été remplie dans cet intérieur, cependant en posant le pied sur la dernière marche du perron, elle éprouva un léger serrement de cœur, pourquoi ? elle laissait là aussi, dans les annales du passé, les événements les plus marquants de son existence. Elle y avait beaucoup souffert ; mais toute souffrance attire une consolation, au milieu des heures sombres de