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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/120

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

bien bas ce que je viens de vous dire ; Lucienne, je ne suis pas digne d’être aimé de vous.

— Ceci est un jugement que vous n’avez pas le droit d’émettre, puisque l’on ne peut être juge dans sa propre cause.

— Alors qu’est-ce que je mérite ?

— Que l’on vous gronde comme un vilain enfant gâté.

— C’est cela, grondez-moi, du moment qu’il m’est permis d’entendre votre voix, de voir votre regard chercher le mien, j’ai le courage de braver tous les courroux.

— Pierre, il ne faut plus vous rendre ainsi malheureux et m’aimer sans crainte, le sentiment que j’ai pour vous est si profond, si sincère, je ne pourrai jamais oublier par quelle attention délicate, par quel dévouement vous l’avez fait naître ce sentiment. Dans l’absence j’ai revécu les heures que vous avez passées près de la petite fille rebutée de tout le monde, votre bonté, votre patience envers elle me touchait encore plus qu’alors, l’âge, la raison me faisait mieux comprendre ce que vous aviez fait ; combien avec sagesse vous me guidiez pour m’épargner les moindres ennuis, avec quelle tendresse vous me consoliez de mes chagrins d’enfant ; la petite fille alors sentait bien que vous seul saviez la rendre heureuse, c’est pourquoi la femme aujourd’hui remettra avec