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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/119

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

que j’aurai atteint la maison du Dr Chénier, afin de m’épargner l’ennui de discussions et de scènes désagréables.

— Ils ignorent alors que vous les quittez ?

— Oui.

— Tant mieux, cela me rassure, on ne peut prendre trop de précautions avec eux ; ce vilain cousin comme je me sens heureux de son départ. Savez-vous, chère Lucienne, souvent j’ai eu des rages folles à la pensée qu’il était continuellement près de vous, vous obsédant de ses assiduités, bien des fois le ver rongeur de la jalousie me dévorait.

— Ah ! Pierre !

— J’avais tort, je le sais ; mais l’absence est une vilaine conseillère, elle vous montre mille choses désagréables, elle vous persuade que si vous n’êtes pas près de l’être aimé, ceci, cela peut fort bien arrivé, puis ces improbabilités se mêlent aux songes de vos nuits, vous vous éveillez inquiet, nerveux, les ténèbres favorisent vos craintes chimériques, que seul dissipe le lever du jour ; alors vous vous traitez d’insensé, vous êtes fou de douter de tout ce qu’il y a de plus noble, de plus généreux sur terre, vous n’êtes pas digne de dénouer les cordons de ses chaussures, quoique par amour pour elle vous souffriez le martyre ; en pensant à tout ce qu’elle est, votre confiance redouble et vous dites