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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/117

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

qu’il a le premier, en société avec l’auteur, préparé son propre malheur. C’est singulier, l’homme s’étudie continuellement à se rendre malheureux. Vous disiez, tout à l’heure, monsieur DuVallon : Les bonnes femmes font les bons maris. Je vous répondrai : Les bons hommes font les bonnes femmes. Lorsque le sexe fort aura le courage de ne pas toujours donner gain de cause au mal sur le bien, au vice sur la vertu, les descendants d’Adam retrouveront sur terre le paradis perdu. L’homme crée des coutumes, des lois pour la plupart injustes : il veut des règles de conduite pour son prochain, non pour lui ; pharisien dans l’âme il s’écrie : Seigneur, Seigneur punissez ces méchants : puis tout le reste du jour il oublie, après cette prière, de mettre en pratique le grand, le sublime commandement du Christ : Aimez-vous les uns les autres.

Pendant cette discussion, Pierre assis près de Lucienne lui murmurait :

— Enfin le jour est arrivé, où votre tuteur n’a plus le droit de me disputer la protection dont je voulais vous entourer depuis si longtemps, il m’a semblé bien souvent que cette heure bénie ne sonnerait jamais, que ce bonheur serait trop grand, que je n’en étais pas digne ; enfin tout ceci est passé et je vous ramène à Saint-Eustache, où cette fois personne ne pourra venir vous enlever. Comment votre