Ouvrir le menu principal

Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/115

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
107
LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

— Précisément, mademoiselle.

— Enfoncé, monsieur Pelletier, dit Gabrielle.

— Non pas, non pas, mademoiselle, monsieur DuVallon est auteur, comme le curé il prêche pour sa paroisse, il ne veut pas de vieilles filles puisqu’elles ne peuvent figurer dans les romans, ou si elles y entrent ce n’est que pour jouer les rôles secondaires, il faut des héroïnes aux écrivains, il leur faut des passions brûlantes, des maris parfaits, qu’on trompe à plaisir, des couples de pigeons, roucoulant leurs idylles des années, des années, s’aimant autant après dix ans que le premier jour de leur union. Voilà ce que le romancier écrit, avec, l’intention de persuader à son lecteur qu’il lui raconte de grandes vérités ; mais malgré ce qu’en prétend monsieur DuVallon, la vie n’est pas un roman, ou si elle l’est c’est un cruel roman où viennent se heurter les plus beaux sentiments.

— Vous oubliez, monsieur, reprit l’homme de lettres, qu’il faut toujours l’ombre au tableau, sans quoi le panorama serait insipide : l’homme continuellement heureux oublierait vite qu’il l’est, il lui faut des revers, des inquiétudes, des angoisses même, pour lui faire apprécier tout ce dont il jouit. Que voulez-vous, l’homme est ainsi fait, avec ses travers, ses erreurs, par ce qu’il est un être fini destiné à n’atteindre la perfection qu’auprès de l’Infini.