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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/111

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

où il vous conduit que les douces pentes, les vertes mousses, les allées fleuries ; cachant adroitement sous le charme de sa personne, le cruel cortège qu’il traîne toujours à sa suite, jalousie, désespérance, haine, vengeance, destruction. Sans défiance vous l’accueillez ce roué, ce perfide qui, dans tous les âges, vous a trompée, ce faucheur d’âmes, ce rieur éternel dont les baisers sont fondus dans les pleurs, dont les caresses se resserrent en des tenailles de fer : il vous séduit, il vous subjugue, tant sa force est puissante ; noblement indignée, un jour vous le chassez, il ne se rebute pas ; il est là, il vous guette, il reviendra : il a beau faire l’anémique et le mort pour calmer vos défiances, à l’heure où vous le redoutez le moins, il reparaîtra en maître, sans frapper, il reprendra possession du logis : vous avez beau regimber, de droit vous lui appartenez, comme étant le plus faible ; c’est la justice humaine et ce dieu s’en empare, vous n’avez rien à dire, mais qu’à vous résigner. Vous voyez maintenant, si je n’ai pas raison, mesdemoiselles, de vouloir qu’on l’exile de ce salon ; vous toutes qui le croyez si charmant vous ne le connaissez pas, et je vous conseille de ne pas chercher à le connaître.

— Peut-être que tout le monde ne partage pas votre opinion, fit Gabrielle, je suis persuadée que ce monsieur a une toute autre idée de