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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/11

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

enlever. Du moment qu’on parlait français, Qu’on pratiquait un culte contraire, on devenait sujet aux poursuites de ces personnages, On était entravé dans les moindres entreprises. Les murmures, les protestations, rien ne faisait. Les gouvernants demeuraient sourds aux plaintes, les agents du pouvoir continuaient de plus en plus à pousser les Canadiens Français à la révolte.

La troupe tourna dans la rue Bonsecours et atteignit en peu de temps la maison de M. Papineau. C’était un homme de haute stature, à la démarche imposante, aux traits nobles et réguliers, sur son beau front se lisaient les grandes inspirations ; en le voyant s’avancer dans toute sa distinction on reconnaissait en lui le chef d’une nation, un de ceux que Dieu désigne pour enthousiasmer les peuples et les conduire à sa suite au succès, à la gloire. Des hourras frénétiques retentirent lorsque le grand tribun ouvrit sa fenêtre, et se penchant vers le peuple avec un geste d’embrassement, comme s’il voulait tous les presser sur son cœur.

— Merci, mes amis, dit-il, merci d’avoir si patriotiquement répondu à notre appel. Le jour est venu où la nation canadienne française ne doit plus se laisser fouler aux pieds. Nous avons sollicité, nous avons prié en vain ; on veut nous enlever les prérogatives accordées par la capitulation et les traités. Le gouverne-