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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/109

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

qui considérait comme justes les lois oppressives d’un gouvernement injuste.

À de très rares intervalles elle put revoir Pierre, à l’insu des siens, et enfin l’heure tant souhaitée sonna. Lucienne avait vingt-et-un ans le jour de la proclamation à Montréal des Fils de la Liberté, le 5 septembre 1837, où nous la voyons, pour la première fois, se penchant à sa fenêtre pour laisser tomber une rose aux pieds de M. Dugal, lui annonçant qu’enfin plus rien désormais ne saurait se placer entre elle et lui : elle est libre, elle l’a choisi comme fiancé. le soir même elle le reverra chez madame Girardin, où se réunit l’élite de la société montréalaise.

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En quittant monsieur Du Vallon, mademoiselle Girardin s’était dirigée vers le groupe des jeunes, des éclats de rire partaient de ce cercle, on entourait un grand monsieur qui, debout devant une statue de Vénus, au-dessus de laquelle Cupidon lançait ses flèches, parlait avec animation. ainsi qu’un conférencier, devant un public intéressé et fort amusé.

Le beau parleur avait dans toute sa personne une distinction parfaite, des manières de grand seigneur ; il pouvait avoir trente-cinq ans, mais on lui en donnait bien quarante, car sur tous ses traits, dissimulée sous un fin vernis, se retrouvait la trace d’un bon viveur, pres-