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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/108

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE


— C’est ainsi, reprit le docteur en riant, que souvent nous passons à côte du bonheur sans le voir. Mais entrons, mes amies, nous allons mettre les belles roses de mademoiselle Girardin au milieu de la table et prendre le dîner en famille.

— Oui, je vous offre notre humble pot-au-feu, mademoiselle Gabrielle, dit madame Grenier, il est très frugal, je vous assure mais vous l’assaisonnerez de votre gaîté.

— Ne me faites pas d’excuses pour le dîner, madame, nous savons tous qu’il sera excellent, j’anticipe le plaisir de le savourer.


XII


Après un an de séjour à Saint-Eustache, où les plus belles heures de son existence s’écoulèrent, Lucienne dut retourner au milieu de sa famille. Elle retrouva là des esprits hostiles, et, de plus, une obsédante attention de son cousin qu’elle ne pouvait, ni encourager, ni rebuter complètement, comprenant que la vie chez son oncle ne serait plus tenable si elle entrait en guerre ouverte avec lui. Elle avait encore près de deux ans à séjourner chez les siens, il fallait donc accepter comme badinage, toutes les attentions de ce cousin antipathique, si elle ne voulait pas être en butte à sa tyrannie ; ainsi chaque jour, elle était blessée dans ses sentiments : ses opinions, de plus son patriotisme souffrait du loyalisme fanatique de sa famille