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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/101

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

vous comprennent, sentent et pensent comme vous : alors on ne veut plus mourir, on se dit qu’il est grand celui qui a créé des âmes si bien douées. Remarquez, je ne parle pas de perfection, la perfection ne peut exister sur la terre, il faut à tout être les défauts de ses belles qualités, sans quoi le tableau serait insipide, incolore, sans ombre. On les veut ces nuages faisant ressortir les clartés du soleil ; si dans son intime intérieur on jouit avec bonheur du charmant tableau de la surface des eaux, endiamentées par les rayons brillants du régulateur des jours, on remercie l’ombrage du grand arbre, sous lequel on se repose pour admirer, sans se sentir brûlé, l’éblouissante lumière, dont la chaleur fait épanouir les plus belles fleurs.

— Je vois que vous êtes très indulgente, mademoiselle, vous ferez une épouse dévouée.

— Une épouse ne l’est-elle pas toujours, docteur ?

— C’est vrai, je m’exprime mal, j’aurais dû dire une véritable épouse, faisant la large part de toutes les faiblesses humaines.

— J’en ai peu de mérite, car pour moi il y a une douce jouissance à pardonner, à une personne chère, une faute avouée. Vous allez peut-être me juger exaltée, mais au médecin comme au confesseur on peut tout avouer, je me suis souvent perdue dans de folles rêveries, où bles-