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le secret de la marquise

de lune vint en ce moment éclairer la chambre demeurée jusqu’alors dans une demi-obscurité, le visage de la morte apparut calme et souriant aux deux femmes qui pleuraient à son chevet.

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Étendu sur un lit de douleur, Hector gisait dans le délire ; une inflammation cérébrale s’était déclarée chez le jeune homme et l’avait conduit aux portes du tombeau. La blessure qu’il avait reçue en tombant n’était pas grave, mais la perte du sang avait considérablement affaibli ses forces ; pendant plusieurs jours on perdit toute espérance de le sauver.

Qu’on juge du désespoir de la marquise. C’était elle qui l’avait tué ! ce que tout le monde avait reconnu être un accident, elle se disait : Cela n’est pas, Hector a voulu se suicider, c’est moi qui ai armé sa main ; je suis la meurtrière de mon fils ! Chaque seconde était une éternité, la pauvre femme faisait encore plus pitié que le mourant.

Ce fut en ces jours d’affliction que chacun put apprécier les riches qualités de Louise, elle était l’ange consolateur de Madame de Montreuil, la garde malade du marquis, ne laissant jamais échapper une plainte ni une parole de ses lèvres qui put révéler tout ce qu’elle souffrait ; elle voyait disputer à la mort celui qui était plus que sa vie ; combien de courage il lui fallait pour paraître câline lorsque son âme agonisait. Si parfois Hector semblait recouvrer sa lucidité pendant quelques instants, il regardait la jeune fille avec tendresse, puis soudain son regard changeait d’expression, ses yeux redevenaient hagards, il la repoussait avec violence et le dé-