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le secret de la marquise

chantaient au fond de son cœur, lui dire : Écoute, c’est toi qui fais vibrer toutes ces harmonies, cette nature si belle ; c’est toi qui la fais telle ; ce sentier fleuri qu’aujourd’hui je parcours avait en ton absence l’aride sécheresse du désert. Tout est changé, tu es là, j’attends, j’aime, j’espère.

La jeune fille, ensevelie dans le charme de ses rêveries, oublie que les instants s’écoulent jusqu’à ce que la cloche du déjeuner la rappelle au château en lui apprenant qu’il est déjà tard. Soudain, son bonheur a pâli ; elle avait cru qu’il viendrait lui aussi ; il est si doux de se redire à deux ce qu’un troisième ne saurait comprendre. Émue, elle rentre, quelque chose lui a étreint le cœur et les fleurs dans le jardin semblent avoir penché la tête.

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À la gaieté de Louise avait succédé une triste mélancolie. Pourquoi ? C’est que depuis l’arrivée de son cousin, elle s’était aperçue qu’il nétait plus avec elle ce qu’il était autrefois. Le jeune homme semblait la fuir ; on le voyait de grand matin, le fusil sous le bras, s’enfoncer dans la forêt pour n’en revenir que le soir. Si parfois à la veillée il demeurait au salon, ce n’était que pour quelques instants, durant lesquels il n’adressait la parole à sa cousine que sur des sujets indifférents, puis il la quittait brusquement, comme si une main invisible l’eut entraîné loin d’elle, la laissant toute chagrine de cette manière d’agir.

Que d’angoisses s’élevaient alors dans son âme. Il aimait peut-être ailleurs ! Cette pensée la rendait folle. Si le jeune homme l’avait trompée, si